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Récits de voyage d'Albert
Roussy en
Sibérie
Le six août 1883,
Albert Roussy, bachelier âgé de 19 ans, quitte Genève
pour se rendre à Irkoutsk chez monsieur Soukatcheff qui l'a
engagé comme précepteur de langue française pour
ses enfants. A son retour en Suisse, il relate ses 44 jours de voyage
en train, bateau et tarentass,
dans ce feuilleton du Journal de Genève ,
paru du 12 mai au 27 mai 1887.
EN SIBÉRIE
II - En bateau.
Le
voyageur qui se rend en Sibérie, soit à Tomsk, soit à
Irkoutsk, a deux trajets à faire en bateau, l'un de
Nijni-Novgorod à Perm, l'autre de Tiumène à
Tomsk. Entre Perm et Tiumène existe une ligne de chemin de
fer, récente sur un bon tiers de son parcours. Auparavant elle
ne faisait que traverser l'Oural et s'arrêtait à
Ekaterimbourg, mais depuis deux ans on l'a prolongée jusqu'à
Tiumène. Aussi laisserons-nous de côté ce passage
de l'Oural; nous en reparlerons plus tard, car maintenant nous ne
nous occuperons que des routes qui marchent" et nous partirons
de Nijni-Novgorod pour suivre les sinuosités du Volga et
remonter la Kama; une fois en Sibérie, nous voyagerons sur la
Toura, le Tobol, l'Irtich, l'Ob et le Tom.
Le jour où je
quittai le lieu de la célèbre foire, la
Basse-Nouvelle-Ville (traduction de Nijni-Novgorod), il faisait un
temps superbe; les nombreux visiteurs de la foire se promenaient dans
les rues de la ville, mise en gaîté par un soleil
radieux éclairant les blanches maisons du Kreml, étagées
sur une colline dont le pied est baigné par le fleuve;
l'horizon, vaste et plat, était enluminé de belles
couleurs qui ajoutaient à l'éclat de ce jour splendide,
un des derniers de l'été russe.
Sur les quais se
pressait une foule compacte, aux vêtements bariolés,
dans laquelle on pouvait reconnaître des types de toutes les
nations, des hommes venus de tous les coins de la grande Russie pour
vendre ou acheter les produits innombrables exposés en ce mois
de foire. Les Arméniens, les Turcs, les paysans de l'Ukraine,
les Chinois, les riches commerçants de Pétersbourg, de
Moscou ou d'Irkoutsk, les Tartares, les Circassiens et bien d'autres
encore semblaient s'être donné rendez-vous dans cette
ville. Le marché était près de finir et les
nombreuses barques encombrant le port, cette forêt de mâts
au milieu desquels notre vapeur se faufilait lentement, les cris des
matelots, les sifflets d'avertissement, la flottille de remorqueurs à
l'ancre dans la rade, tout cela donnait au port de Nijni l'aspect
d'un grand port de mer.
***
J'étais
sur le pont, saluant la dernière grande ville européenne
que je dusse voir de longtemps et je me laissais enthousiasmer par la
vue vraiment splendide qui s'offrait à moi. Il n'y avait
qu'une ombre au tableau, c'était une grande barque que notre
vapeur remorquait; sur le pont de cette barque était une sorte
de vaste cage de barreaux de fer, et derrière ces barreaux se
pressaient une foule d'hommes et de femmes regardant eux aussi la
ville que nous quittions pour quelques années et qu'ils ne
devaient peut-être jamais revoir. Ces pauvres gens étaient
des prisonniers, des forçats ou des exilés que le
gouvernement envoyait en Sibérie, car la Sibérie est le
grand égout de la Russie, qui lui envoie ses pires
malfaiteurs. Le bruit de chaînes qui sortait de cette maison
flottante était triste à entendre; cependant, parmi
tous ces "misérables" (comme les appelle le peuple
en donnant à ce mot son sens charitable), il s'en trouvait
probablement beaucoup qui avaient l'espoir de s'enfuir alors qu'ils
seraient sur les grandes routes sibériennes.
La vue de ces
réprouvés me fit penser au peuple qui encombrait le
pont de notre vapeur, un beau vapeur, malheureusement peu propre.
Çà
et là sont couchés des paysans barbus aux vêtements
graisseux, étendus sur des fourrures, des pelisses faites de
toisons de moutons; ils prennent verres de thé sur verres de
thé; il semble que tout leur temps soit partagé entre
deux occupations très importantes, dormir et boire du thé;
de sorte que lorsque vous voulez faire une promenade sur le pont,
vous devez avoir beaucoup de prudence et veiller à ne marcher
ni sur des mains ni sur des pieds étrangers et fort peu
endurants.
Il y a là quantité d'émigrants
quittant leurs champs européens pour aller dans les plaines
transouraliennes chercher plus de place et plus de fertilité.
Combien d'entre eux réussissent? Bien peu; la famine les
décime ou la maladie les tue avant qu'ils aient atteint le but
de leur voyage.
Quant aux passagers de première et de
seconde classe, les uns sont de riches marchands ou de hauts
fonctionnaires, les autres de petits officiers ou employés
inférieurs; bien peu voyagent pour leur plaisir.
Les eaux du Volga sont d'un beau bleu,
ce n'est que sur un court espace qu'elles ont une teinte jaunâtre,
encore n'est-ce qu'un côté du fleuve; c'est au point de
jonction du Volga et de l'Oka, puis un peu plus haut à ceux de
la Soura et de la Vélinga. Les rives sont plates; cependant
l'une d'elles, la rive droite, est plus élevée. Cette
particularité ou plutôt cet aspect, se retrouve sur tous
les fleuves ou rivières que nous rencontrerons.
Sur la rive
gauche, la vue peut s'étendre au loin et toujours, là-bas,
dans le lointain, on aperçoit l'uniformité verte qui
bleuit, puis pâlit et n'a bientôt plus qu'une teinte
grise au point où le ciel semble rejoindre la terre, et pas de
montagnes, rarement des collines; aussi, dès qu'une élévation
quelconque se montre, vous la considérez avec étonnement;
l'oeil se repose un peu et il semble que ce soit une montagne que
vous avez devant vous.
Et quand on regarde, quand on voit devant
soi les plaines immenses, on se demande avec étonnement si
l'on n'est pas le jouet d'un rêve, si quelque butte ne mettra
pas un terme à l'étendue, à l'infinité et
cependant quelques jours après on est si bien habitué à
cet aspect que des montagnes, de véritables montagnes, vous
écrasent au premier moment.
Près de Nijni-Novgorod,
à cinquante kilomètres environ, apparaît une
enceinte blanche avec des créneaux de forteresse: c'est le
couvent de Makarieff, près duquel se tenait autrefois la
fameuse foire.
De temps en
temps, des villages s'offrent à notre vue; c'est surtout sur
la rive droite qu'on en voit; les maisonnettes des paysans sont
étagées pittoresquement, et solitaire, à
quelques kilomètres, entre deux villages, se trouve l'église,
une petite église gaie, aux murs blancs, à la toiture
verte, aux quatre clochetons flanquant le clocher principal, cette
même église que l'on rencontre d'un bout à
l'autre de l'empire russe.
*
La nuit est
venue, nuit splendide; le ciel constellé d'étoiles,
s'étend au-dessus de nos têtes et se confond dans le
lointain avec les eaux bleues du fleuve; nous glissons
silencieusement dans l'obscurité, coupée çà
et là de fanaux allumés soit sur les côtes soit
sur l'eau, servant à montrer la route aux bateaux des diverses
compagnies; ou bien ce sont des feux sur le rivage, des bûchers
à la flamme desquels se réchauffent des voyageurs, des
pâtres ou des chasseurs dont la vie a été si bien
décrite par Tourguéneff; de grandes ombres s'agitent
autour de ces foyers improvisés; parfois un salut arrive
jusqu'à nous, un souhait de bon voyage; d'autres fois un
oiseau dérangé dans son sommeil par le bruit des roues,
quitte sa retraite et pousse un cri rendu plus retentissant encore
par le silence qui le précède et le suit, se confondant
avec le cri du matelot qui, placé à l'avant, sonde la
profondeur de la rivière; on entend: "Trois! quatre!
sept! huit!" puis tout se tait, le silence devient plus profond
encore et vous passez la nuit à rêver du pays que vous
quittez et de celui où vous allez entrer.
Ah! ces belles
nuits russes, ces belles nuits silencieuses, claires et sereines!
toujours je me les rappellerai avec plaisir! toujours je me
souviendrai du doux sentiment de quiétude qu'elles vous
donnent et qui vous rend agréable ce voyage si long et parfois
si difficile!
*
Mais là-bas, tout là-bas,
le soleil du matin éclaire une ligne blanche au-dessus de
laquelle s'élèvent des colonnes blanches également,
surmontées d'un point brillant; ce sont les toitures des
clochers et la ligne blanche est Kazan, la ville de cette contrée,
la grande ville.
Tout le monde est sur le pont malgré
l'heure matinale; dès qu'on a entendu dire: "Dans
quelques heures nous serons à Kazan", tous ont quitté
le divan ou les fourrures qui leur servent de couche et sont montés
jouir du spectacle vraiment ravissant de cette ville qui semble se
rapprocher de nous.
Quelques-uns préparent leurs valises,
s'assurent qu'ils ont tout leur bien, car ils vont nous quitter.
D'instant en instant on découvre plus nettement les édifices.
Voilà le Kreml, voilà la tour de Sambek, puis enfin
voici le port, l'embarcadère auprès duquel sont
construites les nombreuses maisonnettes des marchands de toute sorte
de denrées. L'animation va croissant et la vie reparaît:
les cris des cochers, ceux des marchands, se croisent dans les airs;
tous les passagers courent acheter des provisions, puis, deux heures
après, le sifflet retentit pour la troisième fois et le
bateau part pour quitter bientôt le Volga et remonter le Kama.
Bien que j'aie
séjourné quelque temps à Kazan, je ne
m'arrêterai pas à en parler; je ne ferai que mentionner
la belle situation de cette ville, sa vie active et son commerce
florissant.
Les rives de l'affluent sont aussi monotones que
celles du fleuve et ce qu'il y a parfois de joli ressort d'autant
plus vivement. C'est le cas d'une charmante isba coquettement
encadrée d'un bois de sapins et de bouleaux. Sur un banc, à
côté de la porte, était assise une jeune fille
portant le costume si gracieux des paysannes russes: jupe de couleur
unie, ornée au bas d'une large bande brodée, tablier
tout brodé, chemise blanche couverte également de
broderies aux couleurs voyantes, puis, au cou, un collier de perles
de verre de nuances variées et, sur la tête, un diadème
bleu qui donnait encore plus d'éclat à son opulente
chevelure blonde.
C'est là une exception, un moment de
plaisir, mais le trajet, en général, est ennuyeux et
uniforme, des villages, des forêts, puis des villages. Quelques
villes, Tchistopol entre autres, puis Galian qui n'est qu'une vaste
boutique de cordonnier, et nous arrivons à Perm, la dernière
ville en deçà de l'Oural.
Avant de quitter la Kama,
mentionnons ces villages flottants, ces immenses radeaux qui
descendent la rivière, puis le Volga, et vont se vendre fort
cher à Astrakhan, d'où leurs habitants retournent dans
leur pays ou bien où ils s'établissent définitivement.
*
Au delà
de l'Oural, commencent déjà les steppes et les plaines,
et c'est au milieu de ce pays plat que nous naviguons sur les eaux de
la Toura, une petite rivière, sinueuse, avec des couloirs si
étroits que deux vapeurs ne peuvent s'y croiser, puis sur
celles du Tobol, de l'Irtych, de l'Ob et du Tom.
Mais c'est
surtout depuis Tobolsk, bien déchue de son importance, que
l'aspect de la contrée vous navre; le sol est stérile,
on rencontre fort peu de champs. Quelquefois j'aperçois, au
milieu des forêts bordant les rives, d'étroits couloirs
faits de mains d'homme; l'explication en est simple. Ce sont les
paysans qui abattent les arbres formant ainsi un passage dans lequel
s'engagent les canards et autres oiseaux; les lacets tendus dans ces
couloirs en arrêtent un grand nombre: c'est une façon de
chasser aussi commode que peu coûteuse.
Une fois par jour
environ nous nous arrêtons pour faire du bois; ce sont en
général des hommes qui sont chargés de ce dur
labeur, mais bien souvent aussi des femmes et il est intéressant
de voir ces paysannes court vêtues, coiffées d'un
foulard noué autour de la tête, parfois chaussées
de bottes, s'acquitter avec rapidité et aisance, et non sans
une certaine grâce, de cette besogne si pénible.
Sur
le Volga, les bateaux sont chauffés au pétrole, mais
ici, ils le sont au bois; aussi, la nuit, des panaches rouges sortent
de la cheminée et les étincelles tombant sur le pont en
rendent le séjour difficile, sinon impossible.
Et cependant
ce serait bien agréable, par les belles nuits que nous avons,
de rester en haut et de respirer un air pur au lieu de l'air
surchauffé et chargé de fumée du salon des
deuxièmes classes. Puis le paysage de nuit ne manque pas de
charmes; si l'on ne voit pas de fanaux, comme sur le Volga, il y au
moins aux stations de grands bûchers; de loin, lorsqu'on
aperçoit sur la rive ces lueurs rouges qui se reflètent
dans l'eau, il semble que ce soit un incendie de forêts qui
commence. "Ces grandes ombres autour du feu font penser à
une danse de sorciers", me disait un paysan.
Le point le plus
septentrional que nous atteignions est Sourgoute, ancienne capitale
d'un royaume disparu, le royaume ostiaque. Ce n'est plus maintenant
qu'une bourgade sans importance; elle est habitée par beaucoup
plus de Russes que d'indigènes, de sorte que c'est surtout
dans les villages qu'il faut voir ces personnages. Avant d'aborder,
nous sommes entourés d'une foule de canots creusés dans
des troncs d'arbres ou faits d'écorce et montés par de
petits individus trapus, au visage rond, qui manoeuvrent leur
embarcation avec une remarquable dextérité: ce sont des
Ostiaks; leur regard est sans intelligence, leurs cheveux sont
incultes et flottent sur leur cou et leurs oreilles; ils sont d'une
excessive malpropreté. Voilà le portrait de l'homme;
restait à voir son habitation: aussi, dès que nous
abordons, je me hâte d'aller examiner leurs demeures. Ces
maisons sont basses, construites en troncs d'arbres, n'ont qu'une
seule chambre dans laquelle toute une famille mange, dort, vit dans
une promiscuité et une malpropreté révoltantes.
Des débris de poissons jonchent le sol et l'odeur qui s'exhale
de ces bouges nous empêche d'y rester longtemps; à côté
de la maison est un grenier bâti sur pilotis.
En rentrant à
bord, nous causons beaucoup de ces hommes et de leurs moeurs; ces
misérables individus sont les descendants d'un peuple qui,
avant la conquête russe, avait une organisation qu'il ne
possède plus maintenant; les Ostiaks habitent de pauvres
villages, sont soumis à leurs maîtres et se
convertissent quelquefois au christianisme, mais retournent au
paganisme aussitôt que les prêtres sont partis.
*
Voici la façon
dont se font, en ce pays les conversions au christianisme. C'est un
Russe, bon orthodoxe, qui m'a raconté ce que je vais vous
rapporter; j'espère donc ne pas être taxé
d'invention où d'exagération. Lorsque les prêtres
arrivent dans une contrée dont les habitants sont encore
païens, ils ont toujours avec eux une provision d'eau-de-vie et
de tabac; ce sont là deux agents très puissants de
conversion. Pour un verre d'eau-de-vie et un paquet de tabac, les
indigènes consentent volontiers à changer de religion;
ils se laissent baptiser, se laissent passer au cou un cordon auquel
est suspendue une croix ou une médaille et ils se conduisent
en bons chrétiens, tant que le prêtre est parmi eux;
malheureusement celui-ci ne reste pas toujours là et quand il
juge son oeuvre achevée, qu'il pense que toute la contrée
est chrétienne, il part pour un autre pays. Mais dès
qu'il est parti, les Ostiaks reprennent leurs anciennes pratiques,
quitte à redevenir chrétiens quand reviendra un nouveau
prêtre accompagné de nouvelles provisions.
Après
Sourgoute, un peu plus au sud, les pâturages remplacent les
terrains incultes; d'immenses troupeaux de chevaux s'y trouvent,
attendant l'heure de rentrer à la cour postale. Malgré
tout, il y a encore fort peu d'arbres et cela n'a rien d'étonnant,
vu la rigueur relative du climat et les vents violents qui balaient
cette région découverte. Mais peu à peu l'aspect
change et quelques forêts apparaissent. Puis la végétation
devient luxuriante: de hautes herbes, s'élevant presque à
hauteur d'homme, couvrent le sol; les arbres sont verts; de petites
baies rouges, agréables surtout lorsqu'elles ont subi une
gelée, nous donnent la mesure des fruits que nous allons
trouver en Sibérie, car ce sont les pommes sibériennes:
or ces pommes sont de la grosseur d'une petite groseille.
Quelques petits
désagréments nous arrivent: des brouillards, des arrêts
forcés par suite du peu de hauteur des eaux; nous nous
ensablons souvent; la première fois cela effraie, ensuite, la
chose se répétant, on s'habitue peu à peu à
ce contretemps, si bien que cela n'empêche nullement de
terminer une partie de cartes. Les brouillards sont plus
désagréables; les bateaux s'arrêtent et les coups
de sifflet se succèdent rapidement, avertissant les vapeurs
qui pourraient passer par là que nous ne désirons pas
être coupés en deux.
Mais tout ceci disparaît
le dernier jour, alors que le capitaine nous donne la bonne nouvelle
de l'arrivée; aussitôt des choeurs se forment et l'on
entend retentir les chants nationaux. Parmi ces choeurs, un surtout
me frappa par sa mélodie triste et douce qu'accompagnait fort
bien le clapotement des vagues: c'est le chant du Volga, qui est pour
les Russes ce qu'est pour nous, Suisses, le Ranz des Vaches. En
général les airs sont tristes et les paroles gaies, ou
vice-versa, ce qui est le cas pour la sémillante danse
cosaque.
L'impression laissée par les chants russes est
celle que laisse aussi la navigation: de la tristesse et de la
gaieté, tristesse dans la monotonie du paysage, gaieté
dans la façon de vivre à bord. Du reste, si l'on a eu
quelques ennuis, ils sont bien compensés par le plaisir que
l'on éprouve en arrivant au port. Et cependant, pour ceux qui
vont plus loin que Tomsk, c'est alors que commencent les difficultés
et c'est lorsqu'on se trouve en tarantass que l'on regrette parfois
la façon agréable et commode de voyager en
bateau.
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